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Nucléaire en Europe, quelles implications pour le continent et l’UE ?

        Même si l’on ne parle pas énormément du nucléaire dans les médias actuels, le nucléaire reste un enjeu majeur du XXIème siècle. En matière militaire, on a assisté à une désescalade des tensions et du surarmement depuis la fin de la Guerre Froide. Cependant de nombreux enjeux ont émergé pour démanteler les arsenaux des puissances nucléaires, concernant plus particulièrement les impacts environnementaux et la faisabilité du démantèlement.

        Il parait nécessaire de rappeler à ce point que la Russie a pour pays limitrophe au nord-ouest la Norvège, la Finlande, l’Estonie et la Lituanie principalement. Selon le Livre noire du nucléaire militaire de Jacques Vilain, pendant la guerre Froide, les catastrophes nucléaires se sont enchaînées, aussi bien côté américain que soviétique. Un point à souligner est que, pendant la Guerre Froide, l’URSS a mobilisé d’énormes ressources pour rattraper les Etats-Unis sur le plan militaire, souvent à défaut de la qualité de l’équipement développé et de la sécurité de leurs propres hommes. Sortie du conflit économiquement affaiblie, l’ex-Russie Soviétique n’avait pas la capacité d’investir dans la reconversion de son industrie de défense et dans le démantèlement. C’est pourquoi le camp occidental à dû investir d’importantes sommes. Pour ainsi dire entre 1992 et 1996, le congrès américain a alloué 1,5 milliard de dollars à ce but. Aujourd’hui ce que certains qualifient de « Tchernobyl flottant », les sous-marins russes sont toujours stationnés dans des bassins peu profonds emportant toujours leur équipement nucléaire à leur bord. Malgré les millions investis annuellement par les américains, la base de Kola, située à 40 km de la Norvège, abrite toujours des sous-marins nucléaires, rafistolés avec peu de moyens au fur et à mesure de leurs fuites en attendant leur démantèlement total. Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à mettre la main à la pâte. Le Royaume-Uni, la Norvège, l’Allemagne, la France et le Canada ont aussi participé. Plusieurs problèmes autour du démantèlement se posent. L’opacité de la Russie ne favorise pas la confiance dans le transfert de fonds, et par conséquent, les ressources reçues réellement ne sont pas suffisantes. En effet, en 2005, la Russie a obtenu 318 millions de dollars alors qu’elle aurait dû recevoir autour des 2 milliards. L’ambition n’existe pas là où le climat de confiance n’est pas établi. Il n’en reste pas moins que ce manque d’ambition et de confiance simultané pourrait avoir de graves répercussions dans le futur, au niveau sanitaire, alimentaire et environnemental pour la population européenne.

        Dans l’Europe des 27, la France est le seul pays disposant du nucléaire militaire. Cet avantage est toutefois relatif. Aujourd’hui encore la France ne peut pas se permettre de négocier à la table des Etats-Unis et de la Russie en raison de la différence du nombre d’armement nucléaire qu’elle possède. Même si des négociations entre Russie et USA pour réduire leurs arsenaux à moins de 2 000 têtes nucléaires de chaque côté ont été mises en route, à l’image des traités New Start ratifiés le 8 avril 2010, l’écart resterait tout de même trop grand. Il s’agit, avec ce traité, de baisser le nombre de tête nucléaire à 1550. Le nombre estimé de têtes nucléaires en France est entre 200 et 300. Dans l’aire géographique européenne, le Royaume-Uni a aussi les capacités du nucléaire militaire, mais le nombre de têtes est encore réduit. Depuis 2011, seul la Navy Britannique garde l’arme nucléaire. L’aviation en a été privée. Le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ratifié par 62 Etats en 1970 permettra dans les années à venir à la France de garder sa position en tant que puissance nucléaire en Europe, position qui n’est pas décisive au niveau européen. En effet, la légitimité dont tire la France de son statut de puissance nucléaire est amoindrie par les prises de décisions au niveau du Conseil ou pour faire valoir ses préférences dans le cadre de l’UE. La menace du nucléaire n’est pas mise en place entre les pays européens car la France est le seul pays depuis le 31 décembre dernier à avoir la bombe nucléaire et le projet européen, qu’on pourrait qualifier de pacificateur, anéantit toute crédibilité d’utilisation de la bombe. Elle reste seulement une dissuasion « culturelle ». Les thématiques discutées au niveau européen ne sont pas dignes de se plonger dans un troisième conflit mondial. Le Conseil force au consensus, on peut le voir notamment par la règle de décision qui prévaut depuis 1951 et la CECA : l’unanimité (bien que le nombre d’acteurs présents autour de la table a plus que quadruplé).

        Les recherches qui ont conduit au développement des bombes atomiques, à hydrogène, thermonucléaires ainsi que des missiles de tous genres ont aussi permis l’avènement du nucléaire civil.

        En Europe en 2016, l’énergie nucléaire pesait pour des 27,5% des dépenses énergétiques du continent. Sur les 126 réacteurs en fonction, le plus vieux date de 1969 et a 355 000 heures de service à son actif (« Betriebsstunden »). Beznau I est situé en Suisse. Malgré le fort investissement financier que celui-ci reçoit, et les inspections régulières, l’utilisation du réacteur est vivement critiquée par des groupes écologistes qui y voit un risque important pour notre environnement en cas de futur problème. Ils ont comme principal argument les nombreux arrêts des réacteurs et plus particulièrement le dernier en date. En effet en 2015, le réacteur a dû être arrêté à cause de défauts présents sur l’acier de la cuve à eau sous pression du réacteur. Le réacteur est resté à l’arrêt 3 ans jusqu’en 2017. En dépit des groupes écologistes, les dirigeants en charge de la centrale souhaitent que le réacteur continue à fonctionner jusqu’en 2030. Aujourd’hui, sur les 444 réacteurs utilisé dans le monde entier, les 2 tiers sont du type REP (réacteur à eaux pressurisés). La France ne jure que par ce type de réacteur qui est aussi utilisé pour les sous-marins nucléaires et les navires depuis qu’elle a abandonné en 1969 ses recherches pour développer l’UNGG, l’uranium naturel graphite gaz, pas assez rentable et sécurisé. Pour ainsi dire, les 56 réacteurs en France sont de type REP. Un réacteur du type REP de troisième génération selon la classification internationale a assez récemment vu le jour. Il s’agit des réacteurs Evolutionary Power Reactor (EPR). Le premier fut mis en fonction en 2018 et il est tellement performant en quantité annuelle d’énergie produite qu’en 2020, 2 sont utilisé en Chine et 4 sont en cours de construction dans des pays européens (Finlande, France et 2 en Grande-Bretagne). Le problème majeur de ce type de réacteur est lié à sa construction. A Olkiluoto en Finlande, la construction a été retardée de presque 10 ans et a nécessité davantage de financement que prévu, 11 milliards d’euro au lieu de 3 milliards. Pour combler ce manque, l’entreprise de construction de la centrale a dû faire appel à un financement extérieur d’origine chinoise en contrepartie des plans de construction.

        Il n’existe pas à ce jour de politique unifiée en matière de nucléaire civil au niveau européen malgré le rôle significatif que peuvent jouer les centrales nucléaires civiles dans la production d’électricité à faible rejet de CO2 pour atteindre l’objectif du Green Deal d’être neutre en carbone pour 2050. Dans ce cadre, la stratégie climatique de l’UE à horizon 2050 publiée en 2018 prévoit une baisse de la part de l’énergie nucléaire dans le mix électrique européen de 26 % à une valeur comprise entre 12 et 15 %. Le débat reste vif entre les gouvernements des pays membres, les industries nucléaires civiles et les ONG sur l’éligibilité de l’énergie nucléaire au financement des investissements du Green Deal. Ce débat a surtout révélé les différences de conceptions du nucléaire civil entre les Etats membres. Les cas de l’Allemagne et de la France sont les plus emblématiques sur ce sujet. La France investit beaucoup dans l’énergie nucléaire comme on l’a vu précédemment. L’Allemagne, quant à elle, a pris des dispositions dès 2011 pour la limitation de la production nucléaire. Le 13ème amendement d’août 2011 à la loi atomique a entériné la fermeture immédiate et définitive de 8 réacteurs et les 9 réacteurs restant devaient être arrêtés selon des dates butoirs, ce qui arrêterait complétement la production d’électricité d’origine nucléaire en Allemagne. Il est important de rappeler que le rôle de l’Euratom n’est pas l’harmonisation des politiques nucléaires civiles des pays membres mais de garantir la sécurité des populations et garantir l’approvisionnement énergétique des pays membres. En effet, la création de l’Euratom, signé en 1957, s’inscrit dans le contexte de reconstruction de l’Europe : les pays étant amoindris financièrement, ils ne pouvaient pas seuls investir dans l’énergie nucléaire. L’Euratom n’a donc aucune compétence dans le domaine nucléaire militaire, seulement dans le domaine nucléaire civile et pacifique. Dans ce débat sur les conceptions du nucléaire civile, le transfert de connaissance et la recherche supranationale en matière nucléaire permettent d’apporter des données au pays membres qui peuvent modifier les perceptions, mais pas les discuter et les harmoniser politiquement. C’est-à-dire que l’Euratom ne permet pas de répondre à la question de ce que le débat impliquerait en matière de politiques publiques.

       Pour conclure cet aperçu, le nucléaire n’est pas vraiment une question abordée politiquement au niveau européen. Les institutions s’interrogent sur le risque environnemental des niveaux militaires et civils. La menace militaire n’est pas à l’ordre du jour en Europe où 70 ans de paix viennent de s’écouler. La dissuasion nucléaire ne s’effectue que par un flux vers l’extérieur de l’Europe. La défense du territoire reste une question d’Etat-Nation et la gestion des ressources nécessaires à la population reste problématique. Les politiques ambitieuses de l’UE, notamment concernant le Green Deal, se voient limitées par le manque de souveraineté et d’action de l’UE dans certains domaines réservés aux Etats. L’ambiguïté de l’UE concernant son modèle d’organisation, ni une fédération, ni une organisation de coopération, pose un flou sur ses objectifs et la faisabilité de ceux-ci. La question de la définition de son devenir semble dans cette optique essentielle pour sa survie et la réalisation de son essence. Comment définir une organisation dont l’essence change constamment au cours de son histoire ? Telle est la question qu’il faudra un jour répondre.

L.M 

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