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Euroscepticisme : quel avenir pour les opposants à l’intégration européenne et à l’Union Européenne ?

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               Eurosceptiques, europhobes, europessimistes, euro-pragmatiques…on pourrait presque s’y perdre ! C’est pourquoi il convient dans un premier temps de définir ce qu’est l’euroscepticisme, si tant est que l’on puisse le faire, même approximativement. Généralement, le terme est utilisé en référence à l’opposition à l’intégration européenne et à l’Union Européenne, basée sur un doute quant à sa viabilité ou son utilité. D’autres expressions y sont liées telles que l’europhobie ou bien l’antieuropéanisme.

De l’antieuropéanisme à l’euroscepticisme : une brève approche historique

L’euroscepticisme, qui n’est pas tout à fait une idéologie, s’est forgé contre celle des pro-européens et euro-critiques. C’est-à-dire que les eurosceptiques ne constituent pas un bloc homogène mais comprennent divers « mouvements d’opposition à la construction européenne ». Que ce soit au niveau européen, à celui des Etats membres ou même hors de l’UE au niveau des Etats tiers ou candidats, on observe différents courants d’euroscepticisme. Au tout début du XXème siècle, le terme anti-européen est utilisé par Richard Coudenhove-Kalergi (dans son ouvrage Paneurope), en opposition à celui de « paneuropéen ». Puis, pour l’Italie fasciste, il représentera le rejet des valeurs humanistes, de la démocratie libérale et de la bourgeoisie. La formule « europhobie », selon le philosophe Jean Claude Michéa, aurait même « été forgée par la propagande hitlérienne ». Néamoins, le terme d’euroscepticisme avec la connotation qu’on lui connait aujourd’hui, apparait dans la presse anglaise du siècle passé en référence à ceux opposés à la construction européenne au sein du Parti conservateur.

Vers de multiples euroscepticismes : théorisations et conceptualisations

D’une part, il est nécessaire de rappeler que le terme d’euroscepticisme ne fait pas l’unanimité. Certains auteurs, notamment Bernard Bruneteau, récusent ce concept, dans la mesure où celui-ci « écraserait la variété, culturelle et idéologique, des « résistances » à l’Union ».

D’autre part, certains ont créé une typologie de l’euroscepticisme telle que celle proposée par Aleks Szczerbiak et Paul A. Taggart afin d’identifier les courants existants. Ils ont ainsi distingué deux formes distinctes mais très rapprochées d’euroscepticisme ; le hard et le soft euroscepticism. D’un côté, le hard euroscepticism serait un « un principe d’opposition à l’Union européenne et à l’intégration européenne et qui est, par conséquent, visible dans les partis qui considèrent que leurs pays devraient se retirer de l’Union, ou dont les politiques envers l’UE équivalent à être opposé à l’ensemble du projet d’intégration européenne telle que conçu actuellement ». Ce terme englobe celui d’europhobie. D’un autre côté, sa version « soft » serait quant à elle « un principe qui ne s’oppose pas à l’intégration européenne ou à l’adhésion à l’Union européenne mais dans lequel les doutes liés à certaines politiques conduisent à l’expression d’une opposition nuancée à l’Union, ou dans lequel l’« intérêt national » est ressenti comme étant pour le moment en désaccord avec la trajectoire de l’Union ». On peut le qualifier d’ « euroscepticisme modéré », il inclut des éléments tels que le « populisme », l’« ennui européen » ou encore la critique ouverte de l’UE.

Une autre classification est celle de Petr Kopecky et Cas Mudde. Ces auteurs mettent en opposition plusieurs notions. D’abord celle d’EU-optimist, définie comme étant la position de ceux soutenant l’UE telle qu’elle a été mise en œuvre et qu’elle est dirigée. Il s’agit ici d’une forme d’acceptation de la structure dans son ensemble tout en conservant une forme de critique possible. Elle est mise en relation avec son contraire, celle d’EU-pessimist qui est la position de ceux qui ne soutiennent pas la forme actuelle de l’UE ou ont peu d’espoir quant à ses développements futurs. Ces auteurs admettent également les termes d’europhiles et europhobes. Sur ces bases, quatre idéaux-types ont été construits. Le premier est celui d’euroenthusiasts qui sont les partis ou groupes qui combinent les europhiles et EU-optimists soutenant l’intégration européenne et l’UE. Le deuxième est les eurosceptics, ou autrement dit, les partis ou groupes regroupant les europhiles et EU-pessimists. Ils soutiennent également l’idée générale d’intégration européenne mais sont pessimistes quant à ses éventuels progrès. Puis, en troisième viennent les europragmatists réunissant les europhobes et les EU-optimists. Ils ne soutiennent pas l’idée d’intégration européenne à la base de l’UE mais soutiennent tout de même l’UE. Enfin, les eurorejects associent à la fois europhobes et EU-pessimists, ne soutenant ni l’UE ni l’intégration européenne.

L’euroscepticisme dans la pratique : les secteurs concernés

Loin d’être homogènes, les mouvements eurosceptiques sont pourtant présents à tous les niveaux. Elus au Parlement européens, ils font entendre leur voix et n’hésitent pas à remettre en cause la forme actuelle de l’Union européenne sur les plans politique, économique et culturel. Sur l’aspect politique, les eurosceptiques considèrent que l’intégration européenne est le résultat de la volonté d’une poignée de technocrates n’ayant pas tenu compte dans leurs travaux de la volonté des peuples. Outre cela, les eurosceptiques estiment que la souveraineté nationale est totalement abandonnée au profit de l’intégration européenne. En matière économique, ils critiquent notamment la création de l’euro ou encore les politiques économiques menées par la BCE. Sur le plan culturel enfin, l’harmonisation menée au niveau du processus législatif est mal perçue par les eurosceptiques car ils jugent que cela gomme les différences nationales.

Sur le plan électoral, si certains partis assument leur rejet de l’idée européenne tout en présentant une listes aux élections européennes, c’est pour François Blanchard, Thibault Bruck et Margot Douétil le fruit d’une stratégie bien pesée. En effet, le Rassemblement national, les Insoumis, les Patriotes, les dissidents, Debout la France, l’UPR, etc. aucun n’échappe à la règle. La première explication vient du fait que l’exposition médiatique apporté par cet événement est bonne à prendre car à faible coût dû au remboursement avec un seuil de 3%. Puis, il est possible de l’interpréter en termes de légitimité. Ces partis voient leur existence d’une certaine manière justifiée de par leur fonction de représentation et leur action renforcée. Puis, ils l’admettent volontiers, leurs élus leur permettent d’infiltrer les institutions et dès lors d’avoir accès à des informations réservées aux soi-disant technocrates.

Par ailleurs, des partis ouvertement eurosceptiques sont actuellement à la tête de certains gouvernements ou intégrés à des coalitions, c’est le cas en Autriche, en Italie, en Pologne ou encore en Hongrie. On retrouve la plupart des eurosceptiques au sein de partis dits populistes, qui se caractérisent par un rejet des élites. La technocratie bruxelloise représente à leurs yeux une élite déconnectée des réalités et non-élue par le peuple, donc non-légitime.

Figure 1 Partisans du #grexit, crise de la dette grecque au PE (Source : Reuters)

Le Brexit et l’euroscepticisme : facteur d’accélération ou frein ?

Figure 2 Source : Debating Europe (pre-brexit)

Les événements récents liés au Brexit, selon Jean-Marc Daniel et Stanislas de Bentzmann, traduisent une « tendance générale à l’affirmation et à la progression de partis extrémistes, essentiellement de droite, qui remettent en cause non seulement certains éléments de la construction européenne comme l’euro, mais de plus en plus le principe même de cette maison commune. »

A l’inverse, pour Gael Brustier, les mouvements eurosceptiques connaissent une véritable perte de dynamique. Les prédictions alarmistes quant à une percée des « nationalistes », des « populistes » et des « souverainistes » ne seraient qu’un amas de « fake news » selon ses propres mots. Ces mouvements ont pour habitude de se baser sur des personnalités fortes capable de fédérer, tel que Nigel Farage. Cependant, il semble qu’après 2016, les « eurosceptiques britanniques, qui étaient loin d’avoir influencé toute la galaxie européenne eurosceptique jusqu’alors, ne les influencèrent donc plus du tout. » Pour certains, il s’agit de la fin de l’euroscepticisme partidaire et organique. En France, les discours sont changeants et parfois opportunistes selon les experts. Le scrutin éloigné du public permet aux extrêmes de percer. Il est vrai que la crise de confiance et de légitimité de la politique n’arrange rien et les sondages sont mitigés. G. Brustier va jusque traiter les eurosceptiques français de « touristes » en vue de leur désorganisation et de leur discours décousu. Même s’il admet que des « architectes de l’euroscepticisme » ont pu jouir d’une grande influence par le passé, pour lui, le Parlement européen, n’est pas l’ultime « cluster de l’euroscepticisme » tel qu’on veut le présenter. 

L’analyse proposée par Michael Malherbe à propos de l’abstention aux élections se base sur deux facteurs principaux. D’abord, les citoyens européens auraient une mauvaise image de l’Europe et se méfieraient de la situation économique. Leur méfiance serait dirigée vers les institutions et l’avenir. Ceux-ci douteraient en effet que les intérêts de leur pays soient bien pris en compte au sein de l’Union. Puis, le second facteur d’interprétation est celui de la méconnaissance et de l’incompréhension des institutions. Le niveau d’information serait en effectivement bien trop bas pour permettre aux électeurs une bonne compréhension des mécanismes et principes qui régissent l’UE.

Les eurosceptiques ont-ils réellement le vent en poupe ?

Selon l’Eurobaromètre réalisé après les élections européennes (2019), le soutien en faveur de l’Union Européenne et de ses institutions est à son plus haut depuis près d’une décennie. Darius Farman, co-responsable du programme thématique Europe au Foraus (jusqu’en 2020), ne considère pas l’euroscepticisme en tant que doctrine unique. Les positions à l’égard de l’Union varient, d’un pays à l’autre, d’un parti à l’autre…les avis diffèrent. Chez les eurosceptiques, le courant révisionniste reste bien plus répandu que le radical. Installé partout en apparence, il ne s’agit pour lui que d’une « impression d’omniprésence de l’euroscepticisme ». En outre, la forme d’euroscepticisme en vogue serait fédéraliste, c’est-à-dire celle qui ne fait que contester l’attribution des politiques et des compétences.

La diversité dans les programmes ne permet pas à l’euroscepticisme de se faire passer pour la nouvelle norme. D’ailleurs, les mouvements populistes principaux ont pour la plupart changé de stratégie quant à l’Union européenne. Désormais, plutôt que d’appeler simplement à sa destruction, ils poussent plutôt vers un changement radical.

L’euroscepticisme semble donc avoir connu un âge d’or au cours des dernières décennies avec une vague de désintégration, des crises profondes liées à l’euro, au changement climatique ou à l’immigration. En 2021 vient s’ajouter la dure réalité liée à la crise du COVID-19. Malgré ces perspectives assombries, les eurosceptiques n’ont pas eu le dernier mot, la confiance renaît bel et bien, et son évolution dépendra sans aucun doute de la capacité de nos institutions à faire face à ces changements brutaux et imprévisibles. Il semblerait donc qu’avec le Brexit, les eurosceptiques n’aient gagné qu’une bataille isolée et non pas la guerre.

Elsa Fuentes

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